Ebola et moi : Récits de Guinée

Dix-huit mois après le début de l'épidémie, Ebola continue de toucher plusieurs aspects de la vie en Guinée :  l'économie, les infrastructures, les échanges commerciaux, les systèmes de soins de santé, l'éducation et les moyens de subsistance. Le virus a ravagé des familles et bouleversé des vies, mais Ebola a aussi rapproché les populations et révélé des niveaux de résilience remarquables. 

Des Guinéens ont partagé leurs histoires avec IRIN. Voici quelques-unes de ces histoires :

 

« JE SUIS UNE ORPHELINE D'EBOLA » - MADO MILLIMOUNO, 13 ans

Mes parents me manquent tellement... Quand ma tante m’a appris qu’ils étaient morts, j’ai pleuré, pleuré et pleuré. Je ne savais pas ce que j’allais devenir ».

Au moins 852 enfants ont perdu un ou deux parents à la suite de l'épidémie d'Ebola à Gueckedou, ont expliqué les responsables de la ville. Certains, comme Mado, sont hébergés par des membres de leur famille. Bon nombre d'entre eux ont été séparés de leurs frères et sœurs. 

Mado a été accueillie par son oncle paternel et son épouse. Sa sœur cadette est partie vivre chez d'autres membres de la famille, « loin », dans un autre village. Elles ne se sont pas revues depuis l'enterrement de leurs parents, en décembre. 

« Elle est ma seule famille. Et je ne peux plus la voir ». 

 

« EBOLA M'A DONNE UN NOUVEAU BUT DANS LA VIE » - SAA SABAS TEMESSADOUNO, 48

« C’est le certificat dont je suis le plus fier »
— Saa Sabas Temessadouno est tombé malade l'année dernière, au mois d'avril, après avoir accompagné une personne âgée malade au centre de santé.

Après avoir été testé positif au virus, il a passé plus de trois semaines dans une unité de traitement Ebola. 

« Ce certificat atteste que j'ai été guéri d'Ebola », a-t-il expliqué. « Il indique que je ne suis plus contagieux. Quand les gens le voient, ils le croient ». 

Quelques mois après sa sortie du centre de traitement, cet ancien agronome a participé à la création de l'Association des personnes guéries et des personnes affectées par Ebola à  Gueckedou pour aider les autres survivants à réintégrer leur communauté. 

« Pendant un certain temps, il y a eu beaucoup de stigmatisation », a dit M.  Temessadouno. « Nous ne trouvions pas de travail. Nous étions rejetés par nos familles. Aujourd'hui, nous menons un travail de sensibilisation auprès de la population pour que les survivants soient accueillis par leur famille et non pas rejetés. Nous avons obtenu des résultats très satisfaisants ». 

“EBOLA A FAILLI NOUS TUER, MOI ET MA MERE » – ROSALINE KONDIANO, 12 ans

« Je m'appelle Rosaline Kondiano et j'ai été guérie d'Ebola »

Rosaline est tombée malade en mars 2014, juste après la proclamation de l'épidémie d'Ebola en Guinée. Elle dit qu'elle a eu des maux de tête, des vomissements, de la diarrhée et des frissons après s'être occupée de sa mère qui souffrait des mêmes symptômes. 

« MSF [Médecins Sans Frontières] est venue chez moi et nous a emmené [elle, sa mère, sa tante et sa grand-mère] au centre Ebola. Un médecin m'a fait une prise de sang. Le lendemain, il m'a dit que j'avais Ebola. Je ne savais pas ce que c'était, mais j'ai eu très peur, parce que j'avais vu d'autres personnes malades autour de moi. Une fois qu'elles entraient [dans le centre de traitement], elles n'en sortaient plus ». 

Rosaline a passé un mois au centre, sans recevoir de nouvelles de sa famille.  

« Au début, je pensais que j'allais mourir. Mais vers la fin, j'ai su que j'allais vivre. J'étais tellement contente le jour où ils m'ont dit que j'étais guérie. Je suis rentrée à la maison et j'ai retrouvé ma famille ». 

Rosaline et sa mère font partie des survivants « chanceux ». Leur communauté les a accueillies à bras ouvert. Beaucoup d'autres survivants, dont des enfants, ont été rejetés et mis à l'écart de leurs anciens amis. 

« Ici, les gens ont été très accueillants. Je suis la seule survivante de mon école, mais je n'ai pas eu de problème avec les autres enfants. Ils m'ont soutenue. Nous jouons ensemble, nous mangeons ensemble ». 

  Rosaline joue au football avec ses amis après l'école et le week-end.

Rosaline joue au football avec ses amis après l'école et le week-end.

Rosaline dit qu'elle participe à la sensibilisation des enfants au virus Ebola depuis qu'elle est rentrée chez elle. 

« Aujourd'hui, je connais très bien Ebola. Tous les jours, je dis aux gens de se laver les mains avec de l'eau de Javel et je conseille à mes parents ainsi qu'à mes frères et sœurs de ne pas toucher le corps d'une personne infectée par Ebola ». 

  Rosaline lit ses cours de biologie ; plus tard, elle espère entrer à l'école de médecine.

Rosaline lit ses cours de biologie ; plus tard, elle espère entrer à l'école de médecine.

Rosaline dit que cette expérience lui a donné envie de devenir médecin. 

« Je veux sauver les enfants et les personnes âgées... Je pense que les médecins et les travailleurs de la santé aident beaucoup de gens. Je n’ai pas peur des malades ».

“EBOLA A FAIT DE MOI UNE PARIA » – FINA, 38

« Tous les jours, j'allais au point d'eau avec les autres femmes, mais aujourd'hui, nous y allons chacune de notre côté », a dit Fina, qui a été placée en quarantaine pendant 21 jours quand son mari est mort d'Ebola au mois de novembre. 

« Je n'ai jamais eu cette fièvre hémorragique, mais même après ma sortie, les gens avaient peur de moi. Au début, mes propres enfants avaient peur de moi. Les gens ont toujours peur de nous au marché, car ils savent que les morts venaient d'ici ». 

 

« EBOLA NOUS A SEPAREES » – COUMBA ODEE, 17 ans, et SIA FANTA CAMANO, 18 ans

« Pendant l'épidémie, ils nous ont dit de ne pas toucher qui que ce soit », a expliqué Coumba. « Au début, nous ne les avons pas écoutés. Mais les gens mourraient. Alors, nous avons commencé à éviter nos meilleures amies. Aujourd'hui, nous sommes heureuses. Nous pouvons être ensemble maintenant, vous comprenez. Nous pouvons nous coiffer [les unes les autres]. Tout est redevenu comme avant ». 

 

EBOLA A RENDU NOTRE COMMUNAUTE PLUS INTELLIGENTE » - BALDE ABDOUORAHMANE

« J'ai rejoint le CCV [comité de veille villageois] parce que je voulais éradiquer Ebola et sensibiliser la population au virus », a expliqué Balde Abdouorahmane, qui s'en va de porte en porte tous les jours de la semaine depuis la création du groupe au mois de janvier pour informer la population sur le virus. 

« Je suis fier du travail de sensibilisation que nous avons effectué, car cela permet d'expliquer à la population comment se protéger et de calmer les inquiétudes », a-t-il dit. Il estime que le CVV rencontre entre 30 et 50 familles par semaine. « Nous leur avons appris à se débarrasser de cette terrible maladie ». 

M. Abdouorahmane a dit qu'il était parfois difficile de faire du porte-à-porte, jour après jour. 

« Cela demande du temps et nous avions rarement les moyens de nous déplacer.  Il est difficile de se rendre dans les zones éloignées », a-t-il dit. 

« Mais nous avons persévéré et nous continuons notre travail de sensibilisation après Ebola, parce que nous voulons aider les gens d'autres manières. Les gens se porteront mieux s'ils ont des informations sur leur santé ». 

« Nous avons changé les mentalités. Les gens ont changé d’état d’esprit. Ils ont changé leurs habitudes grâce à nous. Alors, oui, je pense que l’on peut parler de succès ».