Photoreportage : Les réfugiés maliens trouvent un terrain d’entente au marché de M’berra

Les divers peuples et tribus du nord du Mali sont divisés depuis longtemps en raison des affrontements qui continuent de se produire entre les forces du gouvernement, les rebelles touaregs et les groupes islamistes.

Pourtant, chaque semaine, dans un marché situé de l’autre côté de la frontière, en Mauritanie, les vieilles inimitiés sont oubliées et de nouvelles relations se développent. Des réfugiés maliens issus de différents groupes ethniques se retrouvent au marché de M’berra pour échanger des biens et des services, mais aussi pour partager leur culture, leur langue et leurs traditions.

  Vue du camp de réfugiés de M’berra, situé en Mauritanie, à 50 kilomètres de la frontière avec le Mali

Vue du camp de réfugiés de M’berra, situé en Mauritanie, à 50 kilomètres de la frontière avec le Mali

Plus de 50 000 réfugiés vivent dans le camp de réfugiés de M’berra. La majorité d’entre eux ont fui le nord du Mali au moment de la reprise de la rébellion indépendantiste touarègue, il y a trois ans.

Tous les vendredis, des commerçants installent leurs étals non loin du camp. Un marché coloré et animé apparaît alors dans le paysage désertique, contrastant avec les conditions difficiles du camp. Le marché de M’berra est l’un des plus vastes et des plus diversifiés de cette région isolée du sud-est de la Mauritanie.

Il offre un moyen de subsistance aux nombreux réfugiés qui n’ont pas trouvé d’emploi dans le camp. Il s’agit aussi un lieu de rencontre important qui a permis le développement d’un climat de tolérance entre les réfugiés et la communauté d’accueil et entre les divers groupes de réfugiés.

  L’érudit religieux Moulaye Ely Ould Zein derrière son frère Ahmed

L’érudit religieux Moulaye Ely Ould Zein derrière son frère Ahmed

« J’ai six enfants, et l’aide fournie par le camp n’est pas suffisante pour faire vivre ma famille », a dit à IRIN Moulaye Ely Ould Zein, un érudit religieux qui a fui le Mali l’an dernier.

M. Ould utilise des panneaux solaires pour recharger des petits appareils électroniques comme des téléphones portables et des lampes de poche. Il croit qu’il n’est pas nécessaire de parler la même langue ou d’être issu du même milieu que ses clients pour faire de bonnes affaires avec eux :

« Quoi que l’on en dise, les communautés du nord du Mali s’entendent les unes avec les autres. Malgré la barrière de la langue, elles comprennent dans une certaine mesure les subtilités de la culture de l’autre. »
— Moulaye Ely Ould Zein

Khalifa Ould Mohamed Lemine vend diverses denrées alimentaires, notamment des biscuits et des bonbons. Il croit que le fait que de nombreux réfugiés parlent maintenant d’autres langues est une preuve de l’amélioration des relations entre les différents groupes.

« Ce n’est compliqué pour personne », a-t-il dit. « Au contraire, il peut être enrichissant d’apprendre une nouvelle langue. Cela peut permettre de communiquer, mais aussi de soulager les tensions lorsque vous vivez les uns avec les autres. 

  Khalifa Ould Mohamed Lemine (gauche) et son fils vendent des produits au marché de M’berra

Khalifa Ould Mohamed Lemine (gauche) et son fils vendent des produits au marché de M’berra

M. Lemine a ajouté qu’il était important pour lui de conserver de bonnes relations avec différents clients différents afin de vendre le plus de marchandises possible. Il a admis qu’il faisait parfois affaire avec des gens avec qui il aurait tendance à éviter de se mélanger chez lui au Mali.

« J’ai neuf enfants. Vous pouvez donc facilement comprendre que l’aide humanitaire ne suffit pas si je veux bien prendre soin de ma famille », a-t-il dit à IRIN. « Ce marché me permet, dans une certaine mesure, de satisfaire nos besoins. »

Tata Maiga a fui Léré, dans le nord du Mali, avec ses six enfants. Elle gagne maintenant sa vie en vendant des beignets, des gâteaux et des mangues au marché. 

« Tout n’est pas toujours parfait entre les Songhaïs, les Fulanis, les Arabes et les Bambaras... Mais c’est comme dans une famille : on se dispute, parfois violemment, mais on se réconcilie aussi et on s’enseigne nos langues respectives, en particulier lorsque cela facilite la réconciliation. »
— Tata Maiga

Chaque semaine, le commerçant mauritanien Baba Ahmed s’entasse avec d’autres à bord d’un minibus pour aller vendre des tuniques, des tissus, des chaussures et d’autres marchandises au marché de M’berra, à 18 kilomètres de son village, Bassiknou.

Comme les réfugiés maliens, il ne vient pas seulement pour gagner de l’argent, mais aussi pour interagir avec les gens. 

« J’ai ma boutique à Bassiknou, mais ce marché me permet d’arrondir mes fins de mois », a-t-il dit, ajoutant que les relations qu’il a établies à M’berra lui ont également permis de développer ses compétences linguistiques et de devenir plus cultivé.

  Baba Ahmed au marché de M’berra

Baba Ahmed au marché de M’berra

« Ce marché est un microcosme qui nous montre de quelle façon les communautés mauritaniennes pourraient – ou devraient – communiquer les unes avec les autres », a-t-il dit à IRIN. « Je peux maintenant parler le bambara et l’hassanya et je me débrouille en tamachek. Ce sont toutes des langues que l’on retrouve principalement au Mali. Je les parle parce que j’en ai besoin pour mes affaires, mais […] je sais que bon nombre de mes concitoyens du sud de la Mauritanie ne parlent pas d’autres langues. »

La capacité des Maliens à se mêler les uns aux autres et à surmonter les barrières linguistiques et ethniques fait des envieux parmi les Mauritaniens comme M. Ahmed.

« Les Maliens, en particulier les Maliens du nord, ont de la chance de pouvoir réussir à s’asseoir et à discuter, quelle que soit la gravité de la crise à laquelle leur société fait face », a-t-il dit. « C’est peut-être la seule façon de trouver une solution durable aux problèmes semblables avec lesquels la Mauritanie est aux prises. Chez nous, les communautés ne se parlent pas depuis 25 ans et les idéologies racistes persistent. »

Pour en savoir plus sur le conflit actuel et les tentatives de paix au Mali, consultez le site web d’IRIN: 
Des milliers de personnes fuient les violences dans le nord du MaliLe processus de paix malien est-il menacé ?