Photoreportage : L’exode sans fin des Burundais

Sur les milliers de Burundais qui ont fui ces dernières semaines alors que le président Pierre Nkurunziza faisait face à des manifestations contre son intention de briguer un troisième mandat qui ont culminé par une tentative de coup d’État, plus de la moitié sont arrivés en Tanzanie. 

Nombre de ces réfugiés avaient déjà fait le même voyage dans la précipitation auparavant. Des centaines de milliers de Burundais avaient fui le pays pendant la guerre civile, qui a duré 12 ans. Ils étaient rentrés chez eux en 2005, après la signature d’un accord de paix. Une femme qui attendait à Kagunga pour prendre un bateau pour Kigoma, en Tanzanie, a dit qu’elle avait suivi exactement le même parcours en 1993. Tout comme d’autres réfugiés, elle gardait un bon souvenir de ses années passées en Tanzanie :

« Les Tanzaniens avaient été si accueillants à l’époque que nous avons pensé que c’était la meilleure option »
 Mardi 19 mai, le MV Liemba entre dans le port de Kigoma, en Tanzanie, avec 600 réfugiés burundais à son bord

Mardi 19 mai, le MV Liemba entre dans le port de Kigoma, en Tanzanie, avec 600 réfugiés burundais à son bord

Quelque 50 000 personnes sont maintenant entassées à Kagunga, village d’une île tanzanienne coincé entre les montagnes et le lac Tanganyika. Les réfugiés doivent attendre un bateau pour effectuer le trajet de trois heures qui les sépare du port de Kigoma. Selon le Comité international de secours, le bateau transporte 600 passagers deux fois par jour. Ceux qui n’ont pas la chance de monter à bord doivent attendre sur la plage surpeuplée, dans des conditions insalubres. 

L’exode a entraîné une crise de santé publique majeure. Une épidémie de choléra a déjà fait 27 morts à Kagunga.

 Un réfugié burundais soupçonné d’être atteint de choléra est débarqué du MV Liemba à Kigoma, en Tanzanie, par des employés du Comité international de secours.

Un réfugié burundais soupçonné d’être atteint de choléra est débarqué du MV Liemba à Kigoma, en Tanzanie, par des employés du Comité international de secours.

 Les conditions sanitaires se détériorent pour les réfugiés qui vivent sur la rive du lac Tanganyika en attendant d’être transférés par ferry jusqu’à Kigoma, en Tanzanie. (Bill Marwa/Oxfam)

Les conditions sanitaires se détériorent pour les réfugiés qui vivent sur la rive du lac Tanganyika en attendant d’être transférés par ferry jusqu’à Kigoma, en Tanzanie. (Bill Marwa/Oxfam)

La surpopulation et le manque d’hygiène ont donné lieu à une hausse du nombre de cas confirmés ou présumés de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë chez les réfugiés [et] en l’absence de centre de traitement du choléra à Kagunga, le taux de mortalité pourrait devenir extrêmement élevé ».
— UNICEF
 Un réfugié burundais soupçonné d’être atteint de choléra se voit administrée une solution de réhydratation par voie intraveineuse au dispensaire du stade du lac Tanganyika, à Kigoma, en Tanzanie.

Un réfugié burundais soupçonné d’être atteint de choléra se voit administrée une solution de réhydratation par voie intraveineuse au dispensaire du stade du lac Tanganyika, à Kigoma, en Tanzanie.

 Un enfant dort pour se remettre de son voyage, dans le dispensaire du stade du lac Tanganyika, à Kigoma, en Tanzanie

Un enfant dort pour se remettre de son voyage, dans le dispensaire du stade du lac Tanganyika, à Kigoma, en Tanzanie

Au camp, les structures médicales sont surchargées. Selon Oxfam, environ 22 000 réfugiés ont été transportés de Kagunga au camp de Nyarugusu, où ils sont hébergés temporairement dans des écoles et des églises, en attendant que les organisations humanitaires se procurent le matériel nécessaire pour construire des abris adaptés. Les réfugiés ont également un besoin urgent d’eau potable, de soins médicaux et d’installations sanitaires adéquates. 

 

 Delphin Nyiyanwi attend à bord du MV Liemba que le corps de son enfant de quatre ans mort, probablement de choléra, soit débarqué.

Delphin Nyiyanwi attend à bord du MV Liemba que le corps de son enfant de quatre ans mort, probablement de choléra, soit débarqué.

« Nous fuyons depuis 1965 […] J’ai fui tant de fois que cette fois-ci je prévois de rester. Je ne veux pas retourner là-bas. »
— Andrea Basigivyahbo, 65 ans

Les troubles au Burundi ont déjà provoqué plusieurs grandes vagues de réfugiés :

 

M. Basigivyahbo avait déjà fui le Burundi à quatre reprises, une fois pour la RDC et trois fois pour la Tanzanie. Lui qui est opposé à la décision de M. Nkurunziza de se porter candidat pour un troisième mandat a en effet peu de raisons de rester au Burundi, entre la mauvaise gouvernance en haut de l’échelle et le manque de nourriture en bas. Même en tant que citoyen burundais, il doit se contenter de vivoter.

« J’ai passé ma vie à fuir […] Beaucoup d’entre nous veulent arrêter de fuir. Nous voulons nous installer quelque part ailleurs »
— Moise Ntiranyibagira, 35 ans, a passé moins de la moitié de sa vie au Burundi

Photographies de Jessica Hatcher pour IRIN News

Reportage compilé et mis en page par Tamara Leigh

Pour connaître les dernières analyses des conséquences humanitaires de la crise politique qui s’accentue au Burundi, consultez la page d’IRIN consacrée à ce pays. jh/am/tl/jd-ld